Pourquoi dit-on la République française et non pas la France? Thursday, Jun 25 2009 

Tout bon petit Républicain de France vous dira: la République française, c’est beau.

Et quand il dira le mot “beau”, il pensera au nobles oppresseurs enfin punis, à la liberté volant dans les airs à la rescousse du Peuple devenu tout-puissant (saisissez le sublime du paradoxe), aux mairies arborant des slogans glorieux, avec l’image d’un Rousseau non point mort mais affichant un grand sourire, la plume à la main.

Mais tout cela, il ne vous le dira pas, il le verra seulement défiler devant ses yeux, et de sa bouche largement fendue il vous dira d’un air d’adoration: la République française, c’est beau.

Purs produits de l’Éducation Nationale, nous avons tous ce genre d’image en tête, ce qui est normal, étant donné que la France est toujours, et ce depuis 1792, une république.

Mais pour ceux qui ne sont plus à l’école, et qui ont eu le temps de développer leur propre idée sur la question, si le concept de France leur paraît assez clair, celui de République française l’est devenu beaucoup moins.

Nous aborderons dans un prochain post l’étymologie détaillée de République. Pour l’instant, nous pouvons déjà tenter de répondre à la question posée ci-dessus.

En effet, les mots magiques que sont “République française”, ou tout simplement “la République”, permettent aux hommes politiques de légitimer sans trop d’effort un gouvernement, le rendant quasi inattaquable.

Je m’explique. Éduqués comme nous le sommes dans le respect des Libertés, de l’Entr’aide, de la Noble Cause Française, et avant tout de la “chose publique”, c.-à-d. de la République, la simple évocation de cette dernière rappelle tout d’un coup les choses qui jadis furent ancrées dans nos cerveaux, et, grâce à ce fil hypnotique, nous voici soudain devenir des veaux, sans conscience de notre France, et avec une conscience vague, quoique bien illustrée, de leur “République” à eux.

Et c’est ainsi que, déformant Rousseau (qui n’était déjà pas très sympathique), son “tout gouvernement légitime est républicain” devient “tout gouvernement républicain est légitime”! Les deux principes étant également arbitraires.

Reditus Thursday, Jun 25 2009 

Ceci est une proclamation. Ce blog n’a pas été entretenu depuis un an, et ce, pour une bonne raison. L’Escholier de la Sorbonne qui en était le rédacteur et qui n’est autre que Moi (hagax8), a rejoint l’abominable ordre des scientifiques de laboratoire et, ci-faisant, a quitté la Sorbonne et l’étude des humanités. Mais il m’est aujourd’hui apparu qu’une fois qu’on était Sorbonnard, on le restait, et que l’étude des sciences ne justifiait pas l’abandon de la culture classique, même si l’on a vingt ans comme moi, même si l’on croit que la vie nous glisse entre les doigts quand on ne fait rien pour la retenir.

C’est pourquoi je proclame de façon très solennelle le retour du Sorbonnard, un peu plus dynamique et concis, amateur, mais présent! Pour ceux qui liront mes articles, je leur demande de commenter librement; je n’ai pas pu publier les commentaires qui m’ont été envoyés au cours de l’année dernière car ils étaient noyés dans une mer de publicités douteuses, j’ai dû passer l’ensemble à la trappe, et je m’en excuse!

Ave, fratres et sorores in amore scientiae logicaeque!

DICHTER, le poète allemand Wednesday, Sep 3 2008 

Les germanophiles connaissent bien ce mot: DICHTER, le poète. Les musiciens se souviendront du Der Dichter spricht de Schumann, dernier morceau des Kinderszenen.

Quelle est l’étymologie du mot? Et qu’est-ce enfin qu’un DICHTER?

Rappelons d’abord celle de notre POÈTE: emprunt direct au grec ποιητής (poète), du verbe ποιῶ, -έω (faire) lui-même un dénominatif de *ποιFός (qui construit, qui fait) qu’on retrouve dans une infinité de composés tels que ἀρτοποιός (faiseur de pain = boulanger), άνρθωποποιός (faiseur d’homme = sculpteur portraitiste), ζωοποιός (créateur de vie), etc.

Ce *ποιFός provenant de la racine proto-indo-européenne *kʷei-h2 (empiler, entasser > rassembler en vue de construire).

Pour DICHTER, deux étymologies parallèles peuvent être évoquées:
1. *dheigh- (modeler la glaise, d’où former, construire); ce mot donna le substantif *dhighlos (formeur, modeleur, constructeur).
2. *deik- (montrer) > δείκνυμι, dīcere, ahd. (Althochdeutsch) zeigōn > zeigen, et pour le mot qui nous intéresse on pourrait ainsi tracer ce parcours: *deik- > latin tardif dictāre > ahd. tihton ‘erfinden, schaffen, dichten” > dichten et dichter.

On a donc deux possibilités, ou plutôt deux aspects qui évoluent en parallèle, et qui caractérisent un DICHTER: 1/ IL MODÈLE le monde 2/ IL MONTRE au monde la voie.

Quand on pense que certains disent que les Dichter ne servent à rien…

Réponse à l’enfant qui voulait encore manger Friday, Mar 21 2008 

Il n’y a pas d’utilité à ce que tu fais, enfant.
Tu me montres ton ventre bien nourri;
Pour moi je trouve qu’il est assez rempli.
Passe ton chemin, pense à faire ton temps.

Tu gagnes du volume;
C’est la juste loi des choses,
Celui qui en cherche les causes,
Se fait battre l’enclume.

Les nuits sont courtes, les jours trop longs;
Il y a tant à faire, tant à apprendre;
Mais tu n’écoutes pas la raison,
Aujourd’hui tu as des comptes à rendre.

Tu gagnes encore du volume;
Fais s’il te plaît un effort,
Je connais de biens meilleurs sorts,
Que se faire battre l’enclume.

Ce que tu fais n’a pas d’utilité, enfant.
Tu me montres ton ventre si douillet;
Ce n’est pas l’heure de manger ton poulet,
Cette aimable bête se gagne chèrement.

Tu gagnes encore et toujours du volume;
C’est à toi qu’en revient l’entière faute,
Mais, que tu esquives ou que tu sautes,
Tu te feras toujours battre l’enclume.

Un monde sans joie nous avale,
Rien n’est acquis, tout devrait l’être;
Même le seigneur n’est plus qu’un vassal
Du gros berger qui nous envoie paître.

Tu gagnes du volume;
C’est la juste loi des choses,
Celui qui en cherche les causes,
Se fait battre l’enclume.

hagax8 dédie ce poème à sa mère

Heidelberg ou la cité rose des étudiants Wednesday, Aug 22 2007 

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Le Chrisme Wednesday, Aug 22 2007 

Les anciens Grecs utilisaient le signe ☧, une superposition de la lettre chi (Χ) et de la lettre rhô (Ρ), abréviation du mot χρήσιμον (chrêsimon), “chose utile”, pour marquer les passages dignes d’intérêt. Par la suite, ce “Chi-Rho” a été adopté par les chrétiens, le chi (Χ) et le rhô (Ρ) formant également les deux premières lettres du mot Christ. La légende veut que l’empereur romain Constantin Ier, avant la bataille du pont Milvius en 312, ait aperçu une croix dans le ciel, en même temps que cette injonction en grec: ἐν τούτῳ νίκα, “par cela, vaincs!”, traduit en latin in hoc signo vinces: “par ce signe tu vaincras”. Constantin aurait alors adopté un étendard, le labarum, qui portait le Chi-Rho: et il fut effectivement vainqueur.

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Dans son acceptation chrétienne, le Chrisme est aussi appelé “monogramme du Christ”, et est souvent accompagné des deux lettres alpha et oméga: on se souviendra du chapitre 22 de l’Apocalypse: ἐγὼ τὸ Ἄλφα καὶ τὸ Ὦ, ὁ πρῶτος καὶ ὁ ἔσχατος, ἡ ἀρχὴ καὶ τὸ τέλος (je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le début et la fin).

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Le Chi-Rho dans les incriptions

Hadès, maître du monde caché Thursday, May 31 2007 

Quand Zeus, après avoir évincé son père Kronos, divisa le monde en 3 parties, son frère Hadès (plus âgé que lui mais plus jeune que leur autre frère Poséidon) reçut le monde souterrain en partage, les Enfers, et devint le Roi des Morts. Son nom s’assimila après Homère aux Enfers eux-même et à la mort (ὁ ᾅδης): ἐν Ἅιδου (οἴκῳ) veut dire “dans (la demeure) d’Hadès” => dans les Enfers.

La forme grecque attique du mot, Ἅιδης, ου “Haides” présente un esprit rude que l’on transcrit par “H”, contrairement aux autres formes dialectales: ionien ᾽Ᾱΐδης, ου “Aides”, dorien ᾽Ᾱΐδας, -α “Aidas”, formes de la poésie épique avec brève initiale ᾽Ᾰΐδης ou ᾽Ᾰΐδας. Il est vraisemblable que l’initale était originellement brève; mais selon qu’on admet l’esprit rude (l’aspiration) comme ancien ou non, on propose deux étymologie différentes.

1) L’esprit rude attique n’est pas ancien. On pose alors la forme *ṇ-wid > *ἀ-ϝιδ “qui ne peut être vu” ou “qui n’est pas donné à voir”, le ‘α-’ privatif étant issu de l’indo-européen *ṇ et *ϝιδ de la racine *wid/*woid/*weid qu’on retrouve dans le grec οἶδα, le sanskrit veda, le latin video qui a donné le français voir. Ceci est la solution admise généralement, et elle offre une concordance supplémentaire avec la fable: Hadès possédait un casque qui le rendait invisible.

2) L’esprit rude attique est ancien. On pose alors la forme *sṃ-wid > *ἁ-ϝιδ “trouver ensemble, réunir”, de la même racine *wid mais fait avec le préfixe copulatif (α ἁθροιστικόν) issu de l’indo-européen *sṃ-/*sem qu’on retrouve dans le latin simplex, semel, le grec ὁμός, ἄμα, ἀδελφός, ἄλοχος, ἅπαξ, et qui veut dire “ensemble”. Le *s indo-européen au début d’un mot devient un esprit rude en grec. Hadès serait donc celui qui réunit les âmes ou fait se retrouver l’âme des morts; n’oublions pas que la main de la mort réunit même ceux qui croyaient s’être perdus à jamais…

Hadès serait donc ou bien “l’Invisible” (Aides), ou bien “Celui qui réunit” (Haides).

Poseidon, maître de la terre Wednesday, May 30 2007 

Sur quoi est sensé régner le dieu grec Poséidon? “Sur la mer, bien sûr!” Vous exclamerez-vous peut-être, bien fiers du bon état de votre culture générale. Eh bien, cela n’est pas faux, mais n’a pas le mérite d’être exact.

Poseidon règne en fait sur la surface terrestre, tout comme Zeus règne sur le ciel et Hadès sur les Enfers. Cette surface comprend aussi bien la mer que la terre ferme, et Poséidon était souvent surnommé ἐννοσίγαιος, ἐννοσίχθων ou κινητὴρ γᾶς “qui fait trembler la terre” (ou encore γαιάοχος, mot dont le sens est controversé: “possesseur de la terre” ou “qui ébranle la terre”), étant tenu responsable des tremblements de terre.

Le grec Ποσειδῶν, ῶνος, “Poséidon”, de forme dorienne Ποτειδά(ϝ)ων ou Ποτ(ε)ιδᾶς, vient du vocatif πότει du nom πότις, “maître, seigneur” (indo-européen *poti-s qu’on retrouve dans le latin potestas ou possum) et de δᾶ, autre forme du mot γῆ “la terre”, qui n’a pas d’étymologie connue mais qu’on retrouve dans Demeter (certains pensent plutôt que δα viendrait de *dem “la maison, la demeure”).

On a donc au départ l’exclamation suivante: Πότει δᾶς “ô Seigneur de la terre!” qui donne ensuite Ποτειδά(ϝ)-ων à côté de Ποτειδᾶς et d’autres nombreuses variantes dialectales: Ποσειδέων (ionien), Ποσείδαν, Ποσειδάν et Ποτοίδαν (éolien), Ποτειδάων et Ποτῑδάων (béotien), Ποσοιδάν (arcadien), Ποοιδάν (laconien).

Les différentes parties du monde Wednesday, May 30 2007 

La mythologie grecque offre plusieurs conceptions du monde à mesure qu’elle avance dans le temps et dans la complexité.

1) A là naissance de l’Univers, elle représente deux entités élémentaires, qui forment le couple fécond primitif: Ouranos et Gaia, le Ciel et la Terre.

2) De leur union naît le Titan Kronos, un souverain tout-puissant et unique. Sa position est instable, son règne passager: son père Ouranos, à qui il a coupé les parties génitales, lui a lancé une malédiction: il serait lui aussi mis à bas par l’un de ses enfants. Dans la crainte qu’elle ne s’accomplisse, Kronos mange ses enfants un à un, mais leur mère Rhéa parvient à sauver son sixième rejeton, Zeus.

3) Après avoir effectivement évincé son père Kronos, Zeus forme une organisation tripartite du monde, dont la durée et la stabilité sont garanties: lui, Zeus (”le ciel”), règne sur le ciel, son frère Poséidon (”le maître de la terre”) sur la surface terrestre, et son autre frère Hadès (”l’invisible” ou “là où l’on se retrouve soi-même”) sur le monde souterrain, les Enfers. Zeus reste cependant le roi des dieux et conserve une prédominance: mais il est à l’écoute des autres dieux (cf. les Assemblées des dieux chez Homère) et respecte les destins.

De ces trois aspects de gouvernement du monde, l’organisation tripartite remporte la palme et est sensée se conserver: peut-être parce qu’elle mélange les deux autres aspects, l’état de nature et la domination d’un seul être, avec la figure-père de Zeus qui veille seul sur le monde entier mais partage ses pouvoirs.

GASPARD, GASPAR, KASPAR… Tuesday, May 29 2007 

Le nom et prénom Gaspard est très répandu dans toute l’Europe et tout spécialement dans les contrées germaniques. Son étymologie est cependant controversée.

Nous connaissons tous Gaspard, l’un des trois rois mages: on donne souvent à son nom une origine bien exotique, perse ou sanskrite, et l’on va jusqu’à l’attribuer à Gondopharès Ier, un roi Indo-parthe converti au christianisme par l’apôtre Thomas (!).

C’est oublier que ce fameux roi mage, à qui l’on n’a donné le nom de Gaspard qu’au VIe siècle APRÈS JC, représentait l’EUROPE, tout comme Melchior représentait l’Orient et Balthazar l’Afrique. L’on a donc toutes les raisons du monde pour donner à ce nom une origine EUROPÉENNE, et plus probablement germanique.

Il y a de bonnes chances qu’il vienne de Gast “l’hôte” (anglais guest), et de hart (anglais hard) “ferme, solide”. Le hart en deuxième élément de composé est assez clair: le ‘h’ a disparu comme dans Gérard (all. Gerhard), et l’on trouve même des formes Gasthard, Gasphard, etc.

Mais d’où vient le ‘p’ de GASP- ? Et où est passé le ‘t’ de Gast?

On pose pour l’allemand Gast la racine indo-européenne *gʰosti “étranger”, qui a donné le latin hostis (étranger, ennemi). Si l’on y ajoute la racine *pet/pot “maître, possesseur”, qu’on retrouve dans le grec Poséidon, cela nous donne: *gʰosti-pe/ot “l’hôte-maître”, qui donne à son tour le latin hospes (*gʰostipets > *hos(t)pets > hospes), “l’hôte”, à l’origine du français “hospital”, et le serbe gospodin “monsieur”. Il y a une ressemblance assez frappante entre le HOSP- latin, le GOSP- slave, et notre GASP- germanique, qui expliquerait assez joliment la présence de ce ‘p’.

Ceci n’est évidemment qu’une théorie et est à prendre comme telle. L’auteur en est votre tout dévoué webmaster, qui a pour nom… Héléna Gaspar (avec un ‘d’ final perdu en chemin).

Milinda, Ménandre I, synthèse de deux cultures Sunday, Apr 29 2007 

Ménandre Ier, connu sous le nom de Milinda en sanskrit et en pali, était un roi indo-grec qui régna d’environ 155 à 130 av. J.-C. Le Royaume Indo-grec était né d’une invasion de l’Inde du Nord par le roi gréco-bactrien Démétrios Ier vers 180 av. J.-C. Situé dans la région de l’Afghanistan et du Pakistan actuels, il vit se succéder près de 30 rois hellénistiques, souvent en conflit les uns avec les autres, et qui disparurent avec l’apparition de l’Empire koushan au Ier siècle.

Ménandre Ier, selon la tradition, aurait été le plus puissant des rois indo-grecs. Il se serait converti au bouddhisme et est regardé comme l’initiateur de l’art gréco-bouddhique, une synthèse du style grec classique et du bouddhisme. C’est un moine du nom de Nagasena qui aurait réussi à le convertir, à l’issue d’un entretien qui nous est conservé dans le Milindapañha, (“Les Questions de Milinda”), l’un des livres canoniques du bouddhisme.

Cet entremêlement de cultures est un résidu hélas éphémère du grand projet d’Alexandre le Grand, qui avait une vision d’un Empire universel, de partage des savoirs, d’une sorte de mondialisation précoce. Bien que son projet général ait avorté, il a tout de même réussi à propager dans une grande partie du monde connu d’alors la pensée grecque, et à établir son influence pour plusieurs siècles: d’où certains mélanges intéressants…

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Inscription bilingue = “de Ménandre le Sauveur”

A gauche, en grec: ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΣΩΤΗΡΟΣ ΜΕΝΑΝΔΡΟΥ
A droite, en pali: MAHARAJA TRATASA MENADRASA

Le Calendrier Tuesday, Apr 17 2007 

Notre “calendrier” remonte au latin KALENDAE, les “calendes”, le nom donné par les anciens Romains au premier jour du mois, qui annonce aussi le début de la nouvelle lune (ce mot viendrait d’un verbe calare, “annoncer”). C’était le jour fatidique où devaient être payées les dettes inscrites sur les CALENDARIA ou livres de compte (calendrium au singulier), les véritables ancêtres de nos calendriers.

Eh oui, nous le pensions tous depuis longtemps, voilà qui est confirmé: le calendrier n’a été créé que pour nous soutirer des sous. Le calendrier… un gigantesque système d’exploitation du temps, un livre énorme ou s’entassent menace fiscale, factures, et toutes les limites (de temps) les plus contraignantes et les plus incroyables. Un système qui fait du citoyen sage et bien rangé un endetté perpétuel, éternel débiteur d’une société qui tourne en rond d’année en année, une société-machine qui continue encore à fonctionner pour ne pas avoir à lâcher un seul de ces citoyens sages et bien rangés.

Peut-être aurons-nous effectué un réel progrès le jour où, sur notre Calendrier de la Vie, nous n’aurons plus à inscrire méthodiquement d’anciennes dettes à payer, mais l’infinité d’une avancée présente et à venir.

Homo Monday, Apr 9 2007 

L’Homme… qu’est-il ? Un mammifère de l’espèce Homo sapiens ? Le seul être pensant de la terre, de l’univers ? La seule créature de Dieu qui s’assimile en toute âme et conscience à son créateur ?

Comment définir l’Homme ? Par son existence même ? Par son humanité ? Par les questions qu’il se pose et qui toujours restent sans réponse ?

Mais laissons sur cela disserter les philosophes et les bavards : nous autres escholiers, regardons le mot, voyons ce qu’il peut nous dire sur l’Homme, et comment pouvaient se le représenter nos plus lointains ancêtres.

Le latin homo, anciennement hemo, vient d’une racine indo-européenne *dheghm (essayez d’enlever le ‘d’ initial et le ‘gh’ pour y voir un peu plus clair) qui a donné le mot humus et veut dire « la terre ». L’Homme est donc celui qui vit sur la terre ferme, tout comme d’autres êtres vivent dans les cieux ou dans la mer.

Pourrait-on alors dire que l’on ne peut penser à l’Homme, qu’on ne peut chercher à le comprendre, sans l’associer à la terre qu’il habite et qu’il foule chaque jour ? Cette terre qu’il cultive et qui lui donne sa subsistance, sur laquelle il a toujours vécu, où il a écrit son histoire, et dont il ne pourra peut-être jamais se séparer, ne formerait-elle qu’un avec lui, avec l’Homme, avec nous tous qui vivons grâce à elle?

Les Philistins: un peuple de la mer… Monday, Apr 9 2007 

D’où viennent les Philistins, les ennemis jurés des Juifs dans la Bible, ceux-là même qui ont légué leur nom aux Palestiniens, qui n’ont plus rien de commun avec l’ancien peuple, sinon leur éternelle querelle avec les Israéliens?

On ne sait pas grand-chose des Philistins, qui n’avaient pas l’usage de l’écriture. Mais on pense qu’il s’agit d’un de ces “Peuples de la Mer” qui envahirent l’Égypte au XIIIe siècle av. J.-C. Les Égyptiens évoquent une région nommée P-l-s-t (Peleset) qu’ils auraient habitée: la Bible appelle Peleshet le pays des Philistins.

Il s’agissait d’un peuple nomade, sûrement indo-européen, qui serait parti des îles de la mer Égée pour s’établir sur la côte sud-est de la Méditerranée. Il se mêla rapidement aux populations autochtones et aux environs de 1000 av. J.-C. déjà, il n’avait plus des Philistins que le nom.

Avec l’arrivée des Hébreux s’engagea une lutte pour la terre que ces derniers remportèrent. Qu’on se souvienne de l’épisode symbolique de David et Goliath: le champion des Hébreux, le frêle David, terrasse grâce à sa malignité le champion des Philistins, cette grande brute de Goliath.

Sic eat quaecumque Romana lugebit hostem Monday, Mar 26 2007 

“Qu’ainsi périsse toute Romaine qui pleurera l’ennemi!”
Tite-Live, Ab Urbe Condita 1, 26.

Cette phrase fut, selon la tradition romaine, prononcée au VIIe siècle avant J.-C. par un frère qui venait de tuer sa sœur.

Rome est en guerre contre Albe-la-Longue: les Horaces sont trois frères romains, les Curiaces trois frères albains. Les Horaces et les Curiaces engagent entre eux un affrontement: l’issue du combat doit décider de l’issue de la guerre.

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Jacques-Louis David, Le Serment des Horaces (1784)

Deux des Horaces meurent, le troisième réussit à tuer les trois Curiaces blessés. Il fait dans Rome une entrée triomphale; mais sa sœur, qui était fiancée à l’un des Curiaces, éclate en sanglots et se lamente sur la mort de son bien-aimé. Le jeune vainqueur, furieux contre cette sœur qui “oublie sa patrie et ses frères morts”, la transperce de son épée et prononce la fameuse phrase “Sic eat quaecumque Romana lugebit hostem“.

Quoique de l’aveu de tous ce crime fût atroce, Horace n’aura pas à subir les conséquences de son crime, grâce à l’intervention de son père qui déclarera que, si son fils ne l’avait fait, il aurait lui-même mis fin aux jours de sa fille.

Le combat des Horaces et des Curiaces constitue l’un des plus célèbres épisodes de l’histoire romaine: c’est un aperçu frappant de la nature belliqueuse et profondément austère de ce peuple. Le jeune Horace était souvent pris en exemple par les anciens Romains (dans une certaine mesure évidemment!): la gloire et la prédominance de la patrie sont toujours à mettre au-dessus de la satisfaction personnelle, et même au-dessus des liens du sang. Des gens plus simples peut-être, qui ne sont pas des héros de la patrie, se réserveront le droit d’aimer leurs semblables avant tout autre chose…

Palestine Sunday, Mar 25 2007 

Les lecteurs de la Bible auront déjà entendu parler des Philistins, les ennemis jurés des Hébreux aux environs de 1000 av. J.-C. C’est ce même peuple qui a donné son nom à la Palestine, qui a d’abord désigné la terre qu’ils habitaient, puis fut repris par les Romains dans des circonstances bien particulières…

Après la seconde révolte juive de la province de Judée au IIe siècle ap. J.-C. (la révolte de Bar Kokhba ou dernière guerre judéo-romaine) et son anéantissement par les Romains, l’empereur Hadrien voulut éradiquer le judaïsme ainsi que le souvenir même de la Judée. Il baptisa donc la province Syria Palaestina à la place de Syria Judaea, en souvenir de ces ennemis jurés des Juifs qu’étaient les Philistins. C’est pour cette raison qu’on appelle aujourd’hui Palestine cette région du Proche-Orient située entre la mer Méditerranée et le Jourdain, la Terre Sainte des Chrétiens.

Caesar Saturday, Mar 24 2007 

Caesar est le cognomen -surnom- de Julius Gaius Caesar, Jules César en bon français. Ce surnom était souvent donné dans sa famille, la gens Julia ; après sa mort, il servit de titre honorifique aux empereurs romains.

Etymologie: parmi les nombreuses propositions, on peut sélectionner les deux plus plausibles et généralement admises:
1- de l’adjectif caesariatus, “chevelu”, dérivé de caesaries, “chevelure”, du verbe cado, “tomber” (les cheveux longs tombent!) => un César serait donc un homme chevelu, ce qui serait assez comique dans le cas de Jules César, atteint de calvitie…
2- du substantif caesar = caeso, “retiré du ventre de sa mère en le coupant”, du verbe caedo, “couper” => un César serait donc à proprement parler né par opération césarienne!

Prononciation: probablement prononcé [kaisar] en latin classique, puisqu’il était transcrit Καίσαρ [kaisar] en grec ancien.

On le trouve dans d’autres langues vivantes: cf. l’allemand Kaiser, le russe Tsar.

La Syphilis Thursday, Mar 8 2007 

La syphilis tient son nom du berger Syphilis, premier homme à attraper la maladie dans le poème Syphilis sive morbus gallicus (”Syphillis ou la maladie française”) de Girolamo Fracastoro (1530).
Il faut noter qu’on appelle aussi la syphilis “grande vérole”, “maladie anglaise”, “maladie de Naples” ( elle apparut pour la première fois lors du siège de Naples en 1495), etc.

Maladie vénérienne, elle connaît une recrudescence dans toute l’Europe depuis l’an 2000, tout particulièrement à Berlin. Pourquoi la capitale de l’Allemagne est-elle aussi la capitale européenne de la syphilis? Sûrement à cause de l’importante population de prostituées venues de l’Est et des rapports non protégés lors de rencontres occasionnelles, notamment entre homosexuels.

La syphilis peut aussi être contractée par voie sanguine, et d’une mère enceinte à l’enfant qu’elle porte.

On a cru que cette maladie causée par le Treponema pallidum (bactérie identifiée en 1905) était originaire d’Amérique et avait été ramenée en Europe par les marins de Christophe Colomb; en réalité, c’est plutôt l’inverse. On a d’ailleurs retrouvé, lors de fouilles d’un monastère du XIIIe-XIVe siècle en Angleterre, des corps enterrés présentant tous les signes de la syphilis… il ne s’agissait pas de moines je vous rassure, mais de la haute société qui se faisait enterrer dans le monastère.

Aujourd’hui, la syphilis se soigne très facilement: une piqûre de pénicilline fait l’affaire. Mais avant la découverte de cette dernière, le malade subissait des souffrances atroces; la maladie atteignait le système nerveux, le cœur, le cerveau. On compte parmi les malades célèbres le roi Henri VIII, certaines de ses femmes et sa descendance, et le compositeur Franz Schubert, qui avait été entraîné par ses amis dans un bordel, et qui, atteint de la maladie, composa dans les dernières années de sa vie nombre d’œuvres de génie.
Il faut noter qu’un malade, avant la démence causée par la méningo-encéphalite, passe quelques fois par une phase transitoire où l’on observe une augmentation des capacités intellectuelles…

animation flash

L’Abaque Monday, Feb 26 2007 

Du latin abacus, mot lui-même issu du grec, un abaque est dans la haute Antiquité une table couverte de sable sur laquelle on inscrit des chiffres: c’est une aide pour Abaccus.jpgle calcul. Nous sommes nous-mêmes familiarisés avec l’abaque boulier, dont une certaine forme était utilisée dès l’époque des Romains. Le calcul systématique avec abaque tomba progressivement en désuétude à partir de l’époque des croisades avec l’influence des mathématiciens arabes, remplacé par le calcul algorithmique, c’est-à-dire l’utilisation du système décimal et des opérations pour résoudre un problème: division, multiplication, addition, soustraction.

Les chiffres 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Monday, Feb 26 2007 

Les indiens sont à l’origine de ce système numérique en base dix que nous utilisons aujourd’hui. Les chiffres en devanagari -le principal alphabet indien- sont: ० १ २ ३ ४ ५ ६ ७ ८ ९ (śu̅nya, ek, do, tīn, cha̅r, pa̅nch, che, sa̅th, a̅ṭh, nau). L’introduction du système indien par le mathématicien italien Fibonacci engendra bien des disputes au Moyen Age et il fallut attendre le XVe siècle pour que ces bien pratiques 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 soient définitivement adoptés en Europe. Le zéro surtout, le symbole du Rien, troublait les esprits et posait des difficultés nouvelles: c’est pourquoi on appela en latin médiéval ce système cifra, “code secret”, de l’arabe ṣirf signifiant “zéro, rien”, et qui a donné le français chiffre.

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